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vendredi 3 octobre 2008

La femme de Tchernobyl

Dans son roman "Wolves eat dogs" (Chiens et Loups), Martin Cruz-Smith met en scène Eva Kazan, médecin dans la Zone d'exclusion de la centrale de Tchernobyl. Autrefois, pour son plus grand malheur, enfant participant à la grande parade du 1er mai 1986 à Kiev, 5 jours après l'explosion du réacteur 4 de la centrale. Une évocation prenante des multiples habitants d'Ukraine et de Biélorussie contaminés pour des générations, dans l'indifférence de la communauté internationale, européenne, notamment.

Eva dit : "Je me souviens parfois de cette fille de treize ans qui parade le 1er mai avec un sourire béat. Elle a quitté son village, rejoint son oncle et sa tante à Kiev pour suivre les cours de l'écoles de danse; leurs critères sont rigides, mais elle a été pesée, mesurée et elle a la bonne carrure. On l'a choisie pour porter la bannière "Marchons vers un futur radieux! ". La journée est assez douce pour se passer de veste, et elle en est heureuse. Son jeune corps est une merveille de croissance, la division des cellules y élabore un être nouveau. Et, de fait, ce jour-là, elle va devenir une autre, car une brume voile le ciel, portée par la brise en provenance de Tchernobyl. Ainsi s'achèvent ses jours de danseuse et commence sa longue relation avec la chirurgie soviétique." Elle toucha sa cicatrice. "D'abord la thyroîde, puis les tumeurs. C'est à celà que tu reconnais les véritables citoyens de la Zone. Nous baisons sans soucis. Je suis une femme creuse; tu pourrais me battre comme un tambour. De temps à autre, je me souviens de cette fille futile... j'ai tellement honte de sa stupidité; si je pouvais revenir dans le passé avec un révolver, je la tuerais sans hésiter. Quand ce sentiment me suffoque, je vais me cacher dans un trou ou la maison condamnée la plus proche. Il y a tant de maisons contaminées... j'ai le choix. Autrement, je ne redoute rien ...

traduit par l'auteur de ce blog

Martin Cruz-Smith - Wolves eat dogs (Pan Books) - Chiens et loups (Robert Laffont)

D'un clic : " The Tchernobyl disaster : Effects on Ukraine and Belarus " , UNU (United Nations University)



vendredi 4 avril 2008

Eoliennes : pourquoi tant de haine ?

En matière d'environnement, il est un sujet qui mobilise beaucoup en France. La pollution des nappes phréatiques ? L'avenir de l'énergie nucléaire ? Le diesel ? Les éthers de glycol ? Non : les éoliennes ! Un paradoxe national favorisé par la focalisation mondiale sur le thème du réchauffement climatique et du CO2.

Plus de 70 sénateurs ont co-signé la proposition de loi de Philippe Marini (UMP), visant à soumettre toute installation d'éolienne de plus de 50 mètres à une consultation du public. Ce type de projet est pourtant déjà soumis à étude d'impact et enquête public. Tout comme les lignes à Très Haute Tension, les grands projets d'aménagement... Comme le fut notre imposant parc de centrales nucléaires.

Cette proposition reflète en fait la vague d'hostilité anti-éoliennes française, les accusant de "défigurer" nos paysages, dévorer les subventions, ne produire que des quantités d'énergie ridicules, et ainsi de suite. Mais pourquoi tant de haine ?


My nucléaire is clean


Cette campagne reflète un paradoxe français, celui d'un pays qui a accepté dès les années 70 l'idée d'une énergie nucléaire 100% "propre", exempte de tout rejet de gaz ou d'effluents radioactifs, de toute contamination lors des transports de déchets, opérations de maintenance, ou du retraitement, spécialité nationale que le monde entier nous envie (d'une manière ambigüe). Certes, Tchernobyl, en 1986, et le mensonge de notre autorité "protectrice", le SCPRI du Professeur Pellerin, ont instillé le doute. Mais ont aussi focalisé l'attention sur les risques d'explosion, bien improbables dans les centrales françaises, pour masquer celui de la contamination au quotidien.


Co2, mon amour !


Tel pourrait être le cri des industriels et producteurs d'énergie nucléaire, de l'industrie automobile "diéseliste" et de bien d'autres intervenants économiques. L'effort de propagande "verte" actuel porte en effet principalement sur le réchauffement climatique, l'attention étant focalisée, non sur l'ensemble des gaz à effet de serre, mais sur les émissions de CO2. Exit les radionucléides dont la demi-vie se décompte en dizaines, centaines ou milliers d'années, exit les particules fines et très fines des moteurs diesel... Ces sujets devraient pourtant susciter notre vigilance.

Dans les pays nordiques, en Allemagne, les éoliennes bénéficient de ce "courant" "Tout sauf le CO2 !". Mais pas en France ! Les Français tiennent à leur paysage. En témoignent l'art des hangars commerciaux des sorties de ville, les rond-points omniprésents, le remembrement massif, l'aménagement des banlieues, voire les pavillons sur taupinière (sourire)...
Un paradoxe national.

Thierry Follain


PS : L'auteur de ces lignes est conscient du fait que l'implantation accélérée d'éoliennes sert aussi des intérêts 100% privés. Ceci dit : pas plus qu'ailleurs.


Photo : DR