mardi 31 mars 2009

Les Américains consomment de plus en plus de produits durables, pour des raisons variant avec leur catégorie sociale

Ecolos-centrés, gestionnaires respectueux ou traditionalistes assurés, un nombre croissant de consommateurs américains dirigent leurs achats vers les produits bio, amicaux avec l'environnement ou issus du commerce équitable. Chacun avec ses valeurs propres. La communication sur le "durable" devra donc s'adapter aux attentes des diverses catégories économiques et sociales.

L'institut américain IRI classe les consommateurs américains en 8 catégories, des plus "verts" au plus hostiles au durable :

* Ecolo-centrés : militants

Engagés dans diverses activités écologiques, les écolo-centrés sont à la pointe du shopping vert. Ils sont hostiles aux tests sur les animaux et bien informés sur les techniques de fabrication des produits. Ils sont prêts à payer plus cher les produits respectueux de l'environnement et de la santé du consommateur.

Les écolo-centrés appartiennent aux strates supérieures de la classe moyenne : 33% d'entre eux gagnent plus de 75 000 euros par an. En 2008, leurs achats bio et durables ont legèrement décru en valeur (moins 6,6%). Raisons : la hausse des prix et le fait qu'ils ont déjà largement intégré les produits et services "verts" à leurs pratiques de consommation.

* Gestionnaires respectueux : pour le bien commun

Idéalistes, ils sont concentrés sur les valeurs du bien commun et cultivés. Leurs achats sont liés à des enjeux environnementaux précis. Hispaniques à 86%, ils acceptent également un surcoût "durable".

38% des régisseurs respectueux gagnent moins de 26 000 euros par an. Ils ont augmenté leurs achats "verts" de 15,5% en un an.

* Traditionalistes assurés : donnant-donnant

Le travail, la famille, la sécurité sont leurs valeurs de référence. Ils entretiennent leur habitation suivant les critères d'un haut niveau de responsabilité environnementale. Ils testent les produits bons pour l'environnement qui génèrent également des économies pour leur budget familial.

Les traditionalistes sont Causasiens à 94% (moyenne nationale : 77%). 52% d'entre eux gagnent entre 26 000 et 75 000 euros par an. Leurs achats durables ont progressé de 8,4% de 2008 à 2009.

* Mères nourricières frugales : objectif survivre

Ce sont des femmes attentives à l'équilibre de leur budget, à revenus modestes. Economisant au maximum, elles recherchent des produits sains et de qualité.

* Individualistes sceptique : négligents

Hommes à hauts revenus, d'un niveau d'éducation élevé, ils ne sont orientés ni vers la communauté ni vers une quête spirituelle. Ils demeurent sceptiques sur les initiatives "vertes" des marques et sociétés.

41% d'entre eux ont un revenu supérieur à 75 000 euros par an.

* "Eco-chic" : compulsifs

Ces jeunes adultes considèrent l'éthique, le durable comme innovateur et tendance. Ce sont des acheteurs impulsifs et consommateurs précoces, attentifs à acquérir les produits chics, innovants et verts avant les autres. Ils adhèrent à la cause environnementale sans vraiment en creuser les implications.

* Eco-ignorants : pas concernés

Jeunes acheteurs à bas revenus, ils ne font pas la liaison entre leur comportement et ses conséquences sur l'environnement.

* Eco-méchants : foncièrement hostiles

Hommes de la classe moyenne résidant dans des villes petites ou moyennes, ils voient le monde sans nuances. Hostiles ou ignorants des enjeux environnementaux, ils ne recherchent pas le moindre produit écologique.

Communiquer "durable" : une approche forcément segmentée


Les écolos-centrés sont logiquement la seule catégorie à considérer la préservation de l'environnement et l'avenir de la planète comme critère d'achat primordial. Un tiers d'entre eux peut appliquer cette approche en raison de revenus largement supérieurs à ceux de l'ensemble de la population. Les gestionnaires respectueux et les traditionalistes confirmés réagissent avant tout en fonction de leurs valeurs familiales et sociales : communauté, famille, travail, stabilité. Leur intérêt pour l'écologique, le "bio" et le "durable" intervient en complément de ces valeurs. Les éco-chics jouent le rôle de sentinelles pour l'ensemble des consommateurs. Ils témoignent que les valeurs durables sont devenues une tendance marquante de la société de consommation. Mais aussi que l'adoption de produits "verts" peut être déconnectée des enjeux de fond. Individualistes sceptiques et éco-méchants adoptent des comportements nés de l'égoïsme nanti ou du conservatisme de base, "anti-écolo" par nature (si j'ose dire). Ecolo-candides et Mères nourricières frugales sont guidés avant tout dans leurs achats par leurs faibles revenus. Leurs pratiques de consommation diffèrent en raison de leurs tranches d'âge et de leur responsabilité sociale respectives : post-ados sans attaches précises et mères plus ou moins célibataires en charge d'enfants.

Les valeurs éthiques, pro-environnement et globalement durables se superposent à un substrat économique et social existant. Un discours "durable" de conversion du type "Sauvons la planète !" ne peut suffire. Là comme ailleurs, une approche segmentée, fondée sur les attentes de chaque cible, devra être adoptée par les associations, entreprises, marques et autres agences de communication.



IRI : Times & Trends : "Sustainability : CGP Marketing in a Green World"

Cet article a été repris par Natura Vox

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Etats-Unis : les ventes de produits "biologiques" et durables progressent malgré la crise

La vente de produits respectueux de l'environnement a généré un chiffre d'affaires de 25 milliards de dollars aux Etats-Unis, contre 21,2 en 2007. La nourriture et les boissons contribuaient pour 94,4% à ce résultat. Un sondage Harris Interactive réalisé en août 2008 a révélé que 79% des consommateurs ne voulaient pas faire de compromis sur la qualité de la nourriture. 70% déclaraient acheter le même montant de produits naturels et bio qu'auparavant.

Les produits issus du commerce équitable ont réalisé des ventes de 37,9 millions de dollars. Le concept se répand rapidement chez les consommateurs américains. 67% d'entre eux associent l'"organic"au café à 67%, au thé à 48% et aux fruits frais à 44%. Ce qui n'est pas un mince exploit au pays de la peu équitable Chiquita Brands Products, ex-United Fruit (chiffre d'affaires de 4,6 milliards de dollars en 2007).


dimanche 22 mars 2009

Biosphere Home Farming : une ferme écolo à domicile

Une ferme écologique qui fonctionne en toute autonomie à votre domicile ? Tel est le projet "Biosphere Home Farming" de Philips.

Un ensemble Biosphere Home Farming met en synergie poissons, légumes et algues. Vous alimentez cette ferme "hors-sol" avec les restes de votre cuisine. En échange, elle produit nourriture, eau filtrée et gaz de cuisine.

Philips : Biosphere Home Farming, site Terre NataleBiosphere home farming" est supposé produire des centaines de calories par jour sous forme de poissons, légumes, herbe, plantes et algues. Il inclut un digesteur de méthane qui produit chaleur et gaz pour alimenter l'éclairage, les algues fournissant l'oxygène nécessaire aux poissons. Les plantes fixent le CO2.

C'est une expérience originale de culture hydroponique, basée sur un substrat neutre (perlite, argile, laine de roche, fibres de coco), l'introduction d'éléments nutritifs et le recyclage de l'eau. Elle exige évidemment un fonctionnement parfait des divers éléments du cycle.

Récompensé par un IF Design Award, le Biosphere Home Farming ne sera pas commercialisé avant 10 ou 15 ans. Ce qui suppose que le management de la maison Philips ne change pas d’ici là. Fort improbable.
Piste pour un futur surpeuplé ou leurre écolo-bobo ?..

jeudi 19 mars 2009

Thierry Follain sur lapageverte.com : mobilité électrique avec Better Place, prêt Eco-PTZ pour l'efficacité énergétique

Better Place : l'automobile comme service durable

En séparant propriété de l'automobile de la location des batteries et de l'abonnement à la recharge en électricité, la société californienne Better Place crée un nouveau modèle du déplacement automobile. Avec Renault-Nissan.

Eco-PTZ : financer la performance énergétique

Avec le Prêt écologique à taux zéro, propriétaires et sociétés civiles immobilières peuvent financer leurs travaux destinés à optimiser l'efficacité et la performance énergétique. Descriptif et mode d'emploi.

Le tout sur lapageverte.com, magazine écocitoyen dont j'ai assuré la rédaction et prends en charge la mise à jour.

samedi 21 février 2009

Politique énergétique française : efficacité énergétique ou EPR ?

Avec un troisième EPR en vue, les objectifs de sobriété énergétique du Grenelle de l'Environnement apparaissent bien décalés. Pendant ce temps, le réseau de distribution d'électricité français se dégrade, gaspillant l'énergie. Tout cela est-il bien cohérent ?

EDF, EPR de Flamanville, visite de Nicolas Sarkozy, sur Terre NataleLe 7 février dernier, Nicolas Sarkozy était en visite à Flamanville (Manche), site du premier EPR (réacteur pressurisé européen) français. Il a annoncé qu'il songeait à la construction d'un troisième réacteur nucléaire de ce type. Après avoir annoncé le lancement du second fin janvier, à Penly (Seine-Maritime)(coût estimé : 4 à 4,5 milliards d'euros). Objectif : "faire de la France un grand pays exportateur d'énergie".

Nous nous engageons donc sur la voie de la production massive d'électricité, alors que l'efficacité et la sobriété énergétique sont les clés de notre avenir énergétique. Les consultants du Mc Kinsey Global Institute estiment ainsi qu'une efficacité énergétique accrue permettrait à elle seule d'atteindre la moitié des objectifs mondiaux en termes d'émission de gaz à effet de serre.

Pendant ce temps, les élus réunis dans la FNCCR (Fédération nationale des collectivités concédantes et régies) dénoncent l'état lamentable du réseau de distribution basse et moyenne tension français : "Le réseau de distribution électrique vieillit : c'est un réseau du milieu de 20ème et non pas le smart grid (réseau intelligent) du 21ème siècle que les Français sont en droit d'attendre". Ils déplorent "la chute des investissements d'EDF puis ERDF dans les années 2000", "de l'ordre d'un milliard d'euros par an, au regard des années 1990". Avec le gaspillage considérable d'électricité que cela entraîne. La FNCCR réclame 10 milliards d'investissements sur 5 ans pour remettre le réseau à niveau.

Il y a comme un manque de cohérence dans la politique énergétique française...


Photo : Ouest-France


samedi 14 février 2009

C'est la crise : vive les vacances !

En couverture du "Parisien-Aujourd'hui en France", ce samedi 14 février 2009 : "Comment affronter la crise : Profitez de vos vacances !". Message également porté par une annonce de Jet Tours : "C'est la crise, il est temps de partir". Oui, mais il faudra bien revenir.

Pour qui en douterait, il subsiste une exception française. Nous vivons au Pays des Vacances. Enfin, celles et ceux qui bénéficient d'un CDI. Et des 35 heures. Et qui travaillent dans un secteur peu ou pas impacté par "la crise".

Moins de Français, vraisemblablement, se sentiront concernés par des vacances tout azimut dans les mois à venir...

Illustration : DR


jeudi 5 février 2009

Thierry Follain met en contenu lapageverte.com

Thierry Follain, conseil éditorial, concepteur-rédacteur, web rédacteur : recherche documentaire, rédaction et interview pour lapageverte.com - Terre Natale, blog Développement durable et modes de vieJ'ai pris en charge la rédaction de la base de connaissances sur lapageverte.com, site sur l'éco-nomie et l'éco-consommation.

mercredi 4 février 2009

Alertez les bébés. Et vos neurones.


Entendu et vu ce soir dans le "66 minutes" de M6 : "Un enlèvement de bébé par an, c'est peu et trop à la fois. Comment augmenter les mesures de sécurité dans les maternités ?.."

Plus que jamais, le débat est un enjeu vital pour l'avenir de la démocratie.


Illustration : Carrot Stick Design


lundi 19 janvier 2009

General Motos mise sur la voiture électrique, avec la Chevrolet Volt.

General Motors : Chevrolet Volt électrique, lithium-ionDûrement touché par la crise, General Motors place beaucoup d'espoir dans l'arrivée sur le marché de la voiture électrique Volt, en 2010. Celle-ci sera équipée de batteries lithium-ion fabriquées par le coréen LG. Le constructeur américain envisage cependant d'assembler lui-même les batteries. Il concrétise ainsi sa stratégie d'électrification des véhicules.

La Chevrolet Volt sera dotée de batteries rechargeables sur une simple prise de courant pour des trajets inférieurs à 64 kilomètres. Au-delà, la recharge sera assurée par un générateur alimentée par essence ou éthanol.

Le coréen LG fournira les accumulateurs qui composeront la batterie d'une puissance de 16 kilowatts/heure. L'assemblage sera effectué par Compact Power, filiale de LG basée dans le Michigan. GM projette cependant la construction d'une nouvelle usine qui lui permettra d'effectuer lui-même l'assemblage

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lundi 5 janvier 2009

Los Angeles se branche sur l'énergie solaire

Le "Los Angeles Solar Energy Plan" vise une production d'énergie solaire massive à l'horizon 2020. Objectifs : réduire sensiblement les émissions de dioxyde de carbone, porter à 35% la part d'énergies renouvelables dans la production d'énergie de cette cité de 4 millions d'habitants. Capacité visée : 1 300 mégawatts, l'équivalent d'une tranche nucléaire.

276 jours ensoleillés par an, 16,6 millions de tonnes de dioxyde de carbone générées par la production d'énergie à base de charbon et de gaz (en 2004) : tels sont les facteurs qui ont poussé Antonio Villaraigosa, Maire de Los Angeles, à lancer un ambitieux "Solar Energy Plan". En 2020, la production d'électricité solaire à et autour de la cité devrait être d' 1,3 Gigawatt. Soit l'équivalent de production d'un réacteur nucléaire à eau pressurisée, type Cattenom (Moselle) ou Paluel (Seine-Maritime).

Solaire tout azimut

Ce Plan Soleil californien comprend 3 axes : développement de l'énergie solaire produite par des particuliers ou producteurs privés (380 MW), équipement solaire des installations de la ville (400 MW) et projets de production de grande envergure dans le désert de Mojave (500 MW).

Les particuliers bénéficieront d'un programme d'incitation incluant des prêts à faible taux d'intérêt. Le programme "Feed-in Tariff" permettra aux producteurs privés de revendre l'éléctricité au Los Angeles Department of Water and Power (LADWP).

Les toits, réservoirs et parkings possédés par la ville seront massivement équipés de panneaux solaires. Une fois atteint l'objectif de 400 MW, Los Angeles deviendrait leader national en production d'énergie solaire urbaine.

Le volet le plus ambitieux consiste à implanter de vastes centrales solaires dans le Désert de Mojave, dont une partie est incluse dans le Grand Los Angeles. Le schéma de développement reposerait sur l'investissement privé, l'électricité produite étant rachetée par le LADWP. La ville aurait l'option d'acquérir les centrales au bout de 8 ans.

Une réduction drastique du CO2

"Solar LA" s'inscrit dans le cadre de la Green LA Initiative. Celle-ci veut ramener les émissions de dioxyde de carbone d'une ville de 4 millions d'habitants à 35% de leur niveau de 1990. Une option radicale pour une ville longtemps connue pour son "smog", son brouillard pollué généré par la production d'énergie et l'automobile. Et dont l'ambition proclamée est de devenir "la plus propre et la plus verte des grandes cités américaines" !



Photo : Thomas Suriya restaure sa peinture murale sur Hollywood Boulevard, endommagée par 20 ans de pollution à Los Angeles - AP / Nick Ut.


dimanche 28 décembre 2008

La voiture électrique roulera-t-elle pour l'industrie nucléaire ?

"La voiture électrique exigerait une nouvelle centrale nucléaire". Tel est le gros titre des Echos du 26 et 27 décembre. Une approche strictement quantitative qui devrait être complétée par une réflexion sur les modes de distribution et de consommation de l'énergie électrique.

D'après une étude du Cabinet Sia Conseil, reprise par Les Echos, le développement du parc de véhicules électriques français pourrait entraîner "un besoin annuel en énergie de l'ordre d'un réacteur EPR", et "nécessiter la construction d'un EPR", d'ici 2020. Ce scénario, basé sur le développement des flottes d'entreprise, anticipe un parc roulant électrique de 1,1 à 1,4 millions d'unités en 2020. Une projection de Renault table sur 1 million à la même époque. Soit 100 000 véhicules à produire ou importer chaque année. La flotte électrique française comporte actuellement 10 000 modestes unités, principalement chez La Poste et EDF.
Voiture électrique en France - Produire l'énergie pour la voiture électrique - Voiture électrique et énergie nucléaire- Terre Natale, par Thierry Follain - terrenatale.blogspot.com
Une étude qui arrive à point nommé pour l'industrie nucléaire française
Cette étude tombe bien pour EDF, lancé dans la construction de 2 centrales de type EPR. Le gouvernement français prépare en effet la Programmation pluriannuelle des investissements de production d'électricité (PPI), présentée au Parlement début 2009. Dans une contribution au même quotidien le 24 décembre, Benjamin Dessus, souligne l'opacité du chiffrage des coûts comparatifs des filières énergétiques effectué par RTE, gestionnaire du réseau. En résumé, l'étalon est l'énergie nucléaire, dont le détail des coûts de production est inaccessible pour cause de "secret commercial". D'après le Président de Global Change, la capacité de production nuclaire étant maintenue constante, la France disposerait en 2020 d'un excédent de 140 TWh (Terrawatt/heure) d'électricité, dont il faudrait exporter une partie. Ou qui permettrait la recharge des batteries lithium-ion des véhicules électriques.

Réseaux intelligents : vers une nouvelle donne énergétique

Cette approche productiviste prend-t-elle en compte l'irruption prévisible des technologies des "réseaux intelligents" ? Celles-ci vont fortement modifier notre mode de distribution et de consommation d'électricité, comme le souligne Michel Derdevet, Maître de conférence à l'IEP de Paris, dans Les Echos du 26/27. Transportant conjointement électricité et données, ces réseaux permettront en effet de connecter efficacement les multiples sources de production d'électricité, dont les énergies renouvelables. Ils amèneront une gestion optimisée des utilisations de l'énergie. La Commission européenne a d'ores et déjà lancé la
Plateforme technologique Smartgrids, "pour les réseaux électriques du futur".

Optimiser la synchronisation entre production et consommation
La programmation des recharges, leur insertion intelligente dans les cycles de production et de consommation joueront donc un rôle majeur dans le développement des véhicules électriques. Et sur la planification éventuelle d'un EPR "dédié".

Globalement, le XXIème siècle se jouera sur l'intelligence économique et technologique et le pilotage fin du rapport entre ressources et utilisations. Une évolution pas évidente pour notre économie nationale qui reste un peu trop focalisée sur la production massive d'électricité d'origine nucléaire.
Visuel : Moovie, concept-car électrique par Peugeot

Article repris par Natura Vox

lundi 22 décembre 2008

Rouge cochenille : du désir à la mondialisation

"L'extraordinaire saga du rouge" d'Amy Butler Greenfield nous entraîne dans l'histoire de cette couleur prestigieuse, sulfureuse, de la Toscane moyennâgeuse à l'époque actuelle, en passant par l'Empire colonial espagnol. Dans l'épopée de la cochenille, cet insecte mexicain au pouvoir colorant sans égal. Un récit emblématique, par ses enjeux esthétiques, politiques et économiques, de l'histoire de l'Homme, avec son talent, son ingéniosité, ses désirs, son irrépressible tendance à réaliser des profits en exploitant l'autre, sans oublier la mondialisation des échanges. C'est en plus un bonheur d'écriture.
Tirée du murex, un coquillage, la couleur pourpre se veut divine, impériale dans l'Antiquité méditerranéenne. Au Moyen-Age, le rouge vif est réservé aux gens d'Eglise de haut rang, aux nobles, aux classes aisées. C'est un signe d'ascension sociale. Les sources écarlates d'alors, garance, kermès du chêne et rouge d'Arménie sont imparfaites, difficiles à traiter, périssables. A la Renaissance s'imposent les "écarlates vénitiens", couleurs recherchées par les riches européens, sources de profit soumises au plus strict secret. C'est cependant d'un continent nouveau que naîtra l'intense vague rouge.

La cochenille, matière première adulée, convoitée

En 1519, Herman Cortes débarque sur le rivage amérindien. Une "découverte" qui va révolutionner l'humanité. Et le monde des tailleurs, teinturiers européens, et de leurs opulents clients. Parmi les inimaginables richesses de l'Empire aztèque figurent en effet des étoffes à la palette de couleurs sans égale. Dont un rouge écarlate issu de l'élevage délicat d'un insecte, la cochenille, parasite d'un catus, le nopal, mieux connu comme "figuier de barbarie". Pas n'importe quelle cochenille, mais le "Dactylopius coccus" né de la domestication, de la sélection effectuée par les éleveurs mixtèques, et donc unique au monde. En 1523, le premier chargement de cochenilles arrive à bon port, à Séville, sous forme de matière première déssechée, appelée "grana", graine, appellation ambigüe . S'ouvrent ainsi trois siècles de monopole espagnol sur le rouge cochenille. Traitée par les teinturiers européens, la cochenille-base se vend à prix d'or. Dix fois plus puissante que les autres sources écarlates, la "grana" permet en effet d'atteindre un idéal esthétique et commerciale : le "rouge parfait", apprécié en particulier par les peintres. C'est un des produits les plus rentables des colonies impériales. On en exporte 87 tonnes par an, dont un pourcentage variable parvient à la Couronne espagnole. L'avidité des puissances rivales est grande, et corsaires, pirates, prélèvent en effet un lourd tribut sur les chargements des galions (en plus de l'or, du cacao, du tabac, et ainsi de suite). Anglais, Hollandais et Français tentent sans succès de percer le mystère de la cochenille. Est-ce un végétal, d'ailleurs, ou un insecte ? Le secret espagnol est bien gardé. Au XVIIIème, l'aventurier français Thiéry de Ménonville parvient à ramener une modeste cargaison de cochenilles et de nopals à Port-au-Prince, au terme d'une mission mexicaine digne du meilleur John Le Carré. Echec de l'élevage, hélas. Même sort pour les précieuses cochenilles ramenées à grands frais par la Royal Society londonienne : elles sont minutieusement éliminées des plants de cactus par un chef jardinier ennemi des parasites ! La Compagnie des Indes lance alors son élevage de cochenilles sauvages mexicaines près de Madras, mais leur rendement est médiocre.

Une histoire de culture

Dans leur colonisation des empires aztèques et mayas, les Espagnols ont recouru à l'asservissement massif des populations, au travail forcé dans des productions minières ou agricoles d'exportation, au détriment des culture vivrières et au prix de millions de vies "indigènes". Les éleveurs de cochenille des régions d'Oaxaca et Tlaxcala ont cependant échappé à ce sort funeste . Peu éduqués, les colons espagnols recherchaient un profit massif, immédiat et facile. Elever ces insectes fragiles, liés à des biotopes précis, sensibles à la chaleur, à l'humidité, à la pluie ne les séduisait pas. Ils ne pouvaient pas plus recourir au travail forcé, faible source de compétence et de motivation. Ils durent donc laisser la production de cochenilles à de petits producteurs indigènes qui vendaient librement la "grana" aux marchand locaux en relation avec les négociants espagnols. Les producteurs mixtèques ont dû leur vie, leur survie, voire leur richesse à la demande mondiale en rouge écarlate. Une ressource qui s'est peu à peu étendue à certaines régions du Pérou.


Fin du monopole, début de la misère


Ce secret si lucratif fut brisé à la fin de l'Empire espagnol, en 1821. Les cochenilles riches en colorant se répandirent alors au Guatemala, en Espagne, en Sardaigne, en Corse, puis, plus tard, aux Canaries. Mauvaise nouvelle pour les producteurs mexicains. Le pire restait à venir : les pragmatiques et impitoyables Hollandais développèrent la production massive de cochenille-base dans leur colonie de Java. Colonie pénitentiaire serait le mot exact, la population "indigène" subissant le sort des Amérindiens sous Cortès et consorts : esclavage, travail forcé, famines, épidémies, décès massifs. Sauf que cela se passait trois siècles plus tard. Ce génocide mercantile fut dénoncé en 1860 par Eduard Douwes Dekker, dans son roman "Max Havelaar" (voilà!). Malgré l'émotion causée aux Pays-Bas, il fallut attendre vingt-deux ans pour que ce système inique, le kuulturstelsel, soit aboli. Parallèlement, le cours de la cochenille s'effondrait, la production mondiale atteignant les 900 000 livres à son apogée, en 1839. Ruinés, les producteurs mexicains devinrent ouvriers agricoles, mineurs, pour des salaires de misère.

L'âge du synthétique et de la mauvaise réputation

C'est la chimie moderne, et non l'action humanitaire, qui mit fin à la production de cochenilles javanaises. D'un dérivé du goudron, l'Anglais Perkin tira la toluidine, ou "mauve de Perkin". Cette teinte fut adoptée et mise à la mode par l'Impératrice Eugénie et la Reine Victoria Au rouge "cochenille" furent substitués les synthétiques fuchsine, solférino ou magenta. Les Allemands constituèrent leur propre monopole sur les colorants, matières premières et brevets, inclus. Quant au rouge, il demeura réservé aux fonctions officielles et aux militaires, aux femmes de l'aristocratie, aux grandes bourgeoises et autres mondaines. Hors ces cercles restreints, il désignait la femme de mauvaise vie, adultère, promise par l'imaginaire social aux tourments et souvent à une mauvaise fin. Amy Butler Greenfield cite ainsi la scène d'"Autant en emporte le vent" ou Red (sic) Buttler impose à Scarlett (sic) O'Hara le port d'une robe écarlate qui la désigne immanquablement comme femme fatale, briseuse de ménage.

Le retour de la cochenille, bel et bien bio


Au milieu du XXème siècle, une équipe de chercheurs mexicains sauve une des dernières colonies de dactylopius coccus conservée par un fermier zapothèque. Parallèlement un programme est mené pour perpétuer la tradition artisanale. Le retour en grâce de la cochenille est cependant dû la vague écologiste des années 70. La Food and drug Administration interdit l'usage alimentaire, cosmétique ou pharmaceutique de l'amarante (E 123), soupçonné d'effets cancérigènes. Succès assuré pour l'extrait de cochenille, carmin ou acide carminique (E 120), produit industriellement au Mexique, au Pérou, en Bolivie, au Chili, aux Canaries et en Afrique du Sud. Seuls s'en détournent les Musulmans et Juifs pieux (pas halal, pas casher), les végétariens ou végétaliens. Pour la cochenille, le rouge sera toujours mis...

Tout cela, et bien plus, est narré sous forme d'un véritable roman esthétique et d'aventure par l'historienne Amy Butler Greenfield. Cerise (carmin) sur le gâteau : l'élégance de la traduction d'Arlette Sancery et de la maquette des Editions Autrement. A offrir, à savourer en cette période festive.



"L'extraordinaire saga du rouge" - Amy Butler Greenfield - Ed. Autrement

Illustrations : Rouge et femme fatale dans l'imaginaire américain :
Vivien Leigh/Scarlett O'Hara, dans "Autant en emporte le vent", de Victor Fleming, 1939.
Pin-up des années 50.
Nicole Kidman/Satine, dans "Moulin Rouge", de Baz Luhrmann, 2001