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mercredi 10 septembre 2008

Plan solaire méditerranéen : l'énergie née du désert

Le projet Desertec veut utiliser l'énergie solaire reçue par les déserts sahariens pour fournir l'Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord en énergie et en eau, tout en préservant le climat. Il pourrait devenir Plan solaire méditerranéen, financé par la toute nouvelle Union pour la Méditerranée.

On pourrait satisfaire l'accroissement de la demande en énergie et en eau en Europe, au Moyen-Orient et en Europe en équipant en centrales thermiques solaires 0,3% de la surface totale des déserts nord-africains. Tel est le principe du projet Desertec, porté par le TREC (Trans-mediterranean renewable energy cooperation), initiative du Club de Rome, de la Fondation hambourgeoise pour la protection du climat et du National energy research center jordanien. Ces centrales solaires concentreraient la lumière du soleil pour générer de la vapeur et actionner des turbines productrices d'électricité (classique). Interconnectées entre elles, et avec des fermes éoliennes installées dans le sud marocain, elles pourraient produire jusqu'à 100 gigawatts d'électricité solaire en 2050. Elles couvriraient ainsi 10 à 25% des besoins en électricité européens. Elles profiteraient d'un irradiation solaire double de celle reçue en Europe du Sud. L'énergie produite, complétée par installations éoliennes et cogénération, permettrait également de dessaler massivement l'eau de mer pour répondre aux besoins en eau des régions productrices. Cette approche renouvelable nécessite évidemment la construction d'un vaste réseau de lignes CCHT (courant continu à haute tension) entre les pays d'Afrique du nord, du Moyen-Orient et l'Europe (d'où une perte énergétique de 10 à 15% lors du transport).

Afrique exploitée, Europe dépendante ?

TREC répond sur son site aux 2 objections qui viennent à l'esprit : N'est-ce pas une nouvelle forme d'exploitation de l'Afrique par l'Europe ? L'Europe ne devient-elle pas ainsi dépendante en énergie vis-à-vis des pays d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient ? Réponse : Desertec contribuera au développement en Afrique et au Moyen-Orient, fournira des ressources par l'exportation et diminuera l'impact du réchauffement climatique sur ces régions. Par ailleurs, les sources thermiques solaires seront nombreuses et dispersées dans plusieurs pays. Enfin, le solaire étant une énergie renouvelable et non stockable, peu soumise à spéculation, les pays d'implantation des centrales auront peu intérêt à couper l'approvisionnement.

Un nouvel essor avec l'Union pour la Méditerranée

Desertec était jusque-là un projet théorique, reposant sur des études menées par le Centre aéronautique et spatial allemand, et approuvé par Greenpeace. Il pourrait passer au stade de la réalisation avec l'appui de la toute nouvelle Union pour la Méditerranée (UPM), officiellement lancée en juillet dernier, sous l'impulsion de Nicolas Sarkozy et Angela Merckel. Les projets de l'Union devraient porter en particulier sur l'approvisionnement énergétique, d'où la conversion du projet Desertec en Plan solaire méditerranéen. Restera à dégager les financements de ce vaste projet. A noter que les lignes à haute tension courant sur des milliers de kilomètres ne sont peut-être pas le summum du développement durable...


Article repris sur :

vendredi 4 juillet 2008

D'Ingrid Betancourt à Loft Story

La libération d'Ingrid Betancourt par un commando de l'armée colombienne est une bonne nouvelle. C'est également l'apogée d'une long psychodrame français associant société du spectacle, dictature de l'émotion, politiquement correct, voire récupération. Une célébration du vide qui n'est pas sans rappeler le défunt "Loft Story".

Ingrid Betancourt est libre. Elle "revient" en France, façon de parler, puisque sa vie personnelle et politique se déroulait résolument en Colombie. Dans sa première déclaration, Mme Betancourt a salué la tactique appliquée par l'armée colombienne, et remercié le Président Uribe. Il est vrai qu'elle est encore sous le choc de sa longue détention.

La France unie dans l'émotion ne va pas gâcher son plaisir pour si peu. C'est bien notre répétition médiatique, nos manifestations de soutien, l'action résolue de notre Président qui ont abouti à ce résultat. Tout comme nos critiques permanentes contre le gouvernement colombien (et non les ravisseurs, les Farc).

Dans la société du spectacle, nous nous donnons bonne conscience par les mots, les prises de position consensuelles sans risque, et la conviction d'être les bons, ceux qui disent le bien, le mal. Une fois une cause adoptée par les médias, elle tourne en boucle jusqu'à ce que s'interroger sur elle, ses motifs profonds devienne sacrilège.

Aujourd'hui, la France s'auto-célèbre. Célèbre sa non-intervention dans la libération d'Ingrid Betancourt, avion affrété par la République et réception à l'Elysée incluse. Ce n'est pas sans rappeler la montée des marches factice à Cannes par les non-personnages de Loft Story. La montée sans les années d'effort, sans oeuvre accomplie.

Etonnant que l'un ou l'autre preneur d'otages "politique" n'ait pas encore eu l'idée de braquer une webcam 24 heures sur 24 sur ses victimes. Problème de traçabilité, je présume. Pour l'instant, ils se contentent de filmer leurs messages de détresse, voire leur exécution.

Le société du spectacle s'en trouve frustrée.




dimanche 28 octobre 2007

Grenelle de l'Environnement : autoroutes et voitures sur le bas-côté

Dans son discours de clôture du Grenelle de l'environnement, Nicolas Sarkozy a mis à mal un lieu commun de la croissance à la française : le trinôme autoroutes-voitures - transports routiers. Le freinage du programme autoroutier non-stop, au profit des transports publics, du rail, du ferroutage et du transport par voie d'eau constitue un des revirements les plus spectaculaires de la classe politique française en la matière.

Dans notre système toujours plus présidentiel, la parole de Nicolas Sarkozy dessine les orientations écologiques, économiques et sociales mises en oeuvre à l'issue du Grenelle de l'Environnement. Une des ruptures les plus impressionnantes concerne la politique des transports.

La classe politique française divorce de la route

Depuis les "30 Glorieuses", l'idéologie consensuelle assimile le développement à l'accroissement continuel du kilométrage d'autoroutes et à l'augmentation parallèle du nombre d'immatriculations de voitures et camions. Hantés par la notion de désenclavement, les maires, conseillers cantonaux, généraux, régionaux et leurs électeurs ne voient le salut économique pour leur région, département, canton, commune, que dans la proximité d'une sortie d'autoroute. Peu importe le retour sur investissement, la rentabilité : l'autoroute est un droit, un devoir de la collectivité.

La priorité ne serait donc plus au rattrapage routier, mais au rattrapage des autres modes de transport. Sarkozy promet une politique d'investissement massif dans les transports, ciblée sur trois priorités : transports urbains, trains et bateau. Dans la foulée, le développement inconditionnel des "biocarburants" est remis en question(s).

L'Etat roulerait pour les transports publics

Une phrase a dû faire le délice des maires de tous bords qui peinent depuis des années à faire financer par l'Etat leurs projets de tram, métro, etc : "L'Etat a eu tort de se désengager du développement des transports urbains". Bien vu. Autre friandise : "L'enjeu d'aujourd'hui est bien la congestion des centre-villes". D'où le rétablissement de la participation de l'Etat pour la construction de voies de bus, pour les vélos ou encore de tramways. Sifflements d'oreille pour l'opposition en Région Ile-de France, qui s'était opposée au projet de tramway sud parisien.

Bingo pour le TGV

2 000 kilomètres de voies TGV seraient construis d'ici 2020. Les voies remplacées seraient dédiées au transport de fret, éliminant théoriquement le transit de 2 millions de camions. Démarche logique : le TGV est en effet l'équivalent de l'autoroute dans le domaine ferroviaire. Quid des dessertes locales, des régions isolées ? Le débat reste ouvert (béant ?)

Les pollueurs routiers seront les payeurs

Enfin, tardivement, sur les traces de la Suisse et de l'Autriche : une taxation sera instaurée sur les camions "qui traversent la France et utilisent notre réseau routier", en partie parce que c'est un axe nord-sud majeur, en partie parce que c'est gratuit. Tout automobiliste s'étant lancé dans un trajet nocturne Lyon-Paris sous la dictature agressive des routiers internationaux appréciera. Cette taxe serait affectée au développement des transports collectifs.

La conversion écologique

Cette réorientation des transports se situe dans une politique générale, dont l'ambition est de faire de la France un pays exemplaire en matière de développement durable et de lutte contre l'effet de serre. Notre pays cesserait donc, par exemple, de traîner les pieds pour appliquer la directive européenne Natura 2000 sur la préservation des zones naturelles sensibles ?..

Point focaux du discours présidentiel : "Nous ne pouvons plus définir des politiques en ignorant le défi climatique, en ignorant que nous détruisons les conditions de notre survie. "Assimiler la politique écologique à un retour en arrière est une imposture". C'est ce que répètent les écologistes depuis environ 40 ans... dommage qu'ils aient manqué du sens politique qui aurait pu emporter l'adhésion de la population.

Reste, bien sûr, à passer aux actes...

Thierry Follain

Cet article a été repris sur AgoraVox