vendredi 3 octobre 2008

La femme de Tchernobyl

Dans son roman "Wolves eat dogs" (Chiens et Loups), Martin Cruz-Smith met en scène Eva Kazan, médecin dans la Zone d'exclusion de la centrale de Tchernobyl. Autrefois, pour son plus grand malheur, enfant participant à la grande parade du 1er mai 1986 à Kiev, 5 jours après l'explosion du réacteur 4 de la centrale. Une évocation prenante des multiples habitants d'Ukraine et de Biélorussie contaminés pour des générations, dans l'indifférence de la communauté internationale, européenne, notamment.

Eva dit : "Je me souviens parfois de cette fille de treize ans qui parade le 1er mai avec un sourire béat. Elle a quitté son village, rejoint son oncle et sa tante à Kiev pour suivre les cours de l'écoles de danse; leurs critères sont rigides, mais elle a été pesée, mesurée et elle a la bonne carrure. On l'a choisie pour porter la bannière "Marchons vers un futur radieux! ". La journée est assez douce pour se passer de veste, et elle en est heureuse. Son jeune corps est une merveille de croissance, la division des cellules y élabore un être nouveau. Et, de fait, ce jour-là, elle va devenir une autre, car une brume voile le ciel, portée par la brise en provenance de Tchernobyl. Ainsi s'achèvent ses jours de danseuse et commence sa longue relation avec la chirurgie soviétique." Elle toucha sa cicatrice. "D'abord la thyroîde, puis les tumeurs. C'est à celà que tu reconnais les véritables citoyens de la Zone. Nous baisons sans soucis. Je suis une femme creuse; tu pourrais me battre comme un tambour. De temps à autre, je me souviens de cette fille futile... j'ai tellement honte de sa stupidité; si je pouvais revenir dans le passé avec un révolver, je la tuerais sans hésiter. Quand ce sentiment me suffoque, je vais me cacher dans un trou ou la maison condamnée la plus proche. Il y a tant de maisons contaminées... j'ai le choix. Autrement, je ne redoute rien ...

traduit par l'auteur de ce blog

Martin Cruz-Smith - Wolves eat dogs (Pan Books) - Chiens et loups (Robert Laffont)

D'un clic : " The Tchernobyl disaster : Effects on Ukraine and Belarus " , UNU (United Nations University)



mercredi 24 septembre 2008

Crise financière mondiale : Wall Street contre Main Street ?

Le Gouvernement américain allait verser 700 milliards de dollars pour éviter la chute fatale des marchés suite à la "crise des subprimes". Tout le monde se réjouissait, Européens compris, de cette générosité des contribuables d'Outre-Atlantique destinée à remettre à zéro les compteurs de la finance mondiale. Mais les élus américains, sénateurs républicains en tête, rechignent à rédiger ce quasi-chèque en blanc au système libéral qu'ils défendaient jusque-là.

Le Secrétaire au Trésor américain, Henry Paulson et le Président de la Réserve fédérale américaines, Ben Bernanke, ont passé de mauvais moments , hier, devant la Commission des Services financiers du Sénat américain. En pleine période électorale, les sénateurs ne se bousculent pas pour approuver le subventionnement du sytème financier américain à hauteur théorique de 700 milliards de dollars.

Question centrale posée par experts et politiciens : pourquoi le Trésor veut-il consacrer cette somme colossale à l'achat d'actifs dépréciés, plutôt que de prêter l'argent à ces sociétés, à charge pour elles de négocier au mieux leurs actifs sur le marché ? Réponse de Paulson et Bernanke : la question n'est pas de venir au secours des compagnies financières, mais de réamorcer la système d'achat et vente du marché et de permettre une réappréciation des actifs. Ils sont ainsi opposés à la prise de participation de l'Etat dans ces sociétés, qui permettrait (indirectement) au pauvre contribuable de profiter de la remontée des cours. Paulson refuse par ailleurs de mettre un bémol au montant des stocks-options et autres parachutes dorés versés aux dirigeants des firmes ainsi subventionnées.


Confusion des genres

C'est peu de dire que les législateurs américains, en phase avec leurs électeurs, sont dubitatifs. Hier, le lobby des Chambres de commerces avait entrepris de faire le siège des sénateurs pour qu'ils appuient le plan à 700 milliards de dollars. D'après le Los Angeles Times, ses émissaires ont dû stopper leurs tentatives de séduction en milieu d'après midi, devant l'hostilité rencontrée.


Cerise amère sur le gâteau, soulignée par le Washington Post : le dit Hank Paulson, Secrétaire d'Etat au Trésor, a quitté la firme Goldman Sachs (un des principaux responsables de la crise actuelle), il y a 2 ans, avec un pactole de centaines de millions de dollars. Jusqu'à la présente crise, Paulson assurait aux journalistes et citoyens que le marché trouverait lui-même la solution aux difficultés rencontrées. Un crédo républicain et libéral qui vient de se crasher spectaculairement. A souligner également le manque de reconnaissance du ventre des sénateurs du Comité des Finances, qui ont été soutenus à hauteur de 33 millions de dollars par Wall Street et autres durant leur élection.

Perplexité accrue

Que faire ? Soutenir Wall Street pour éviter la déconfiture de "Main Street" (le peuple américain) ? Et si ce plan lumineux ne marchait pas ? Et si ne pas le voter équivalait à retourner à 1929, à la Grande Dépression ? Comment accepter que cette création de valeur purement financière, amorcée dans les années 80 se révèle finalement pour ce qu'elle est : du vent, lorsqu'il ne susbsiste plus aucun actif concret pour l'étayer ?


La foi libérale en berne

Après la Guerre d'Irak, le Patriot Act, et autres grands projets patriotiques et coûteux économiquement et démocratiquement, le gouvernement Bush finissant ne pèse plus guère sur les élus blasés. En particulier les siens, largement minoritaires à la Chambre des Représentants, à peine à égalité numérique au Sénat. A tel point que les Démocrates, majoritaires, prêts à un compromis, attendent l'assentiment de la "minorité présidentielle". Entre autres déclarations significatives, celle du Sénateur républicain Gene Taylor au Washington Post, quant à l'urgence extrême d'adopter le plan : "Où ai-je bien pu entendre cela, déjà ? Quelque chose comme "Les Irakiens ont des armes de destruction massive, et ils sont prêts à les utiliser", ironise-t-il. "Je ne suis pas pressé de m'exécuter." D'autant plus que les auteurs du plan quitteront le pouvoir dans quelques mois


Au-delà, c'est bien la foi dans un système de marché dérégulé qui a chuté. Et dans ses supports étatiques ou privés. Or, sans représentation consensuelle, un système économique ou politique ne peut fonctionner.

Thierry Follain

Sources : Los Angeles Times, New York Times, Washington Post, Trends.be

Photo : Paulson et Bernanke devant le Sénat. - Charles Dharapak - Associated Press


mardi 23 septembre 2008

Sustain Lane : les villes américaines engagées dans le développement durable

Le site communautaire Sustain Lane publie chaque année l'indice des grandes villes américaines les plus orientées vers le développement durable. Gagnantes en 2008 : Portland, San Francisco, Seattle. Sustain Lane a également déterminé 6 grandes tendances "durables".

L'indice "Sustain Lane U.S City Ranking" classe les grandes villes américaines en fonction de 16 facteurs, incluant qualité de l'air et de l'eau, développement des parcs et transports publics, ainsi que celui d'une économie locale "soutenable", de bâtiments à haute qualité environnementale, de marchés "fermiers", énergies renouvelables et carburants alternatifs. L'édition 2008 distingue Portland (Oregon)( déjà n°1 en 2007), San Francisco (Californie), Seattle (Etat de Washington), Chicago (Illinois) et New York. Memphis (Tennessee), Las Vegas (Nevada) et Nashville (Tennessee) figurent dans les derniers. Dans l'ensemble, les scores moyens du City Ranking ont augmenté depuis la création de l'indice en 2005.

6 grandes tendances pour des villes durables

Sustain Lane dégage 6 tendances profondes :

Des centre-ville revitalisés. Des villes comme Colombus (Ohio), Oakland (Californie) ou Philadelphie (Pennsylvanie) font revivre leurs centre-ville, y implantent des espaces mixtes d'habitation et d'activité, inversant ainsi la tendance des classes moyennes à fuir vers les banlieues résidentielles.

Retour du "train". Les transports ferrés légers et autres formes de transports publics sont développés dans 13 grandes cités, dont Phoenix (Arizona), Detroit (Michigan) ou Houston (Texas), capitale de l'industrie pétrolière américaine.

Développement des énergies renouvelables. Des villes comme Boston (Massachussets) Portland ou Sacramento (Californie) classent les énergies solaire et éolienne et les économies d'énergie dans leurs priorités.

Multiplication des groupes communautaires. Les "communautés" de voisinage (communities) prennent de plus en plus d'initiatives pour rendre les pratiques quotidiennes durables : jardin communautaires, création d'espaces de vie, et autres. Elles répondent ainsi à l'envolée des prix des carburants (+300% en 5 ans) et au changement climatique.

Influence du "mouvement vert". Les concepts développés par l'informel "green movement" américain influencent de plus en plus les grandes municipalités. Houston (Texas), Atlanta, (Géorgie), Columbus sont parmi les leaders pour le développement de plans répondant au changement climatique, l'habitat économe en énergie ou les biocarburants.

Un cycle favorable au vélo. Le transport quotidien à vélo s'affirme au royaume de la voiture individuelle. Sustain Lane estime que ce trafic a augmenté de 12,3% en 4 ans. En tête : Portland, New-York, Minneapolis (Minnesota).

Le développement durable est donc de plus en plus porté par les initiatives des villes et des citoyens aux Etats-Unis. On pourrait y ajouter celles des états, comme la Californie, en pointe dans le gestion publique et la production de biens et services durables. Ne manque plus que l'Etat fédéral à l'appel.

Sustainlane.com est un guide de l'art de vivre durablement nourri par les contributions des internautes. Ce site permet le partage d'informations et expériences personnelles. Il référence entre autres 200 000 petits commerces proposant produits et services "verts".



vendredi 19 septembre 2008

Google et GE pour une énergie propre

General Electric et Google annoncent leur partenariat pour une énergie propre. Parmi leurs objectifs : créer un "réseau intelligent", système novateur de production, transmission et ditribution d'électricité. Autres axes: la géothermie, les transports utilisant l'énergie électrique.

Nous produisons et distribuons l'électricité suivant les mêmes principes que Thomas Edison, au XIXème siècle. Tel est le constat de ces nouveaux partenaires. Il s'agit donc d'associer les technologies énergétiques de General Electric et la technologie informatique de pointe de Google pour optimiser l'ensemble du cycle énergétique.

Le système issu de ce Clean energy partnership incluerait un réseau électrique intelligent, qui permettra aux entreprises et particuliers d'utiliser l'électricité plus efficacement, et avec des émission réduites de gaz à effet de serre. Système de distribution et appareils électriques pourraient en particulier s'adapter en temps réele à l'offre et à la demande en électricité.

Il s'agit également d'adapter le réseau électrique au déploiement à grande échelle des énergies
renouvelables aux Etats-Unis. GE et la Fondation Google s'intéressent en particulier à la géothermie, à travers l'EGS, programme d'optimisation des systèmes géothermiques. Autre piste : permettre le développement d'une large flotte de véhicules de transport et particuliers électriques, en permettant une recharge facile sur le réseau.

Cette alliance de la "nouvelle économie" et d'un acteur historique comme GE, fondé en 1890, serait donc porteuse d'innovations pour une production et une utilisation optimisées de l'électricité. A noter que l'énergie nucléaire tant vantée ailleurs ne rentre pas dans cette équation.

mercredi 10 septembre 2008

Plan solaire méditerranéen : l'énergie née du désert

Le projet Desertec veut utiliser l'énergie solaire reçue par les déserts sahariens pour fournir l'Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord en énergie et en eau, tout en préservant le climat. Il pourrait devenir Plan solaire méditerranéen, financé par la toute nouvelle Union pour la Méditerranée.

On pourrait satisfaire l'accroissement de la demande en énergie et en eau en Europe, au Moyen-Orient et en Europe en équipant en centrales thermiques solaires 0,3% de la surface totale des déserts nord-africains. Tel est le principe du projet Desertec, porté par le TREC (Trans-mediterranean renewable energy cooperation), initiative du Club de Rome, de la Fondation hambourgeoise pour la protection du climat et du National energy research center jordanien. Ces centrales solaires concentreraient la lumière du soleil pour générer de la vapeur et actionner des turbines productrices d'électricité (classique). Interconnectées entre elles, et avec des fermes éoliennes installées dans le sud marocain, elles pourraient produire jusqu'à 100 gigawatts d'électricité solaire en 2050. Elles couvriraient ainsi 10 à 25% des besoins en électricité européens. Elles profiteraient d'un irradiation solaire double de celle reçue en Europe du Sud. L'énergie produite, complétée par installations éoliennes et cogénération, permettrait également de dessaler massivement l'eau de mer pour répondre aux besoins en eau des régions productrices. Cette approche renouvelable nécessite évidemment la construction d'un vaste réseau de lignes CCHT (courant continu à haute tension) entre les pays d'Afrique du nord, du Moyen-Orient et l'Europe (d'où une perte énergétique de 10 à 15% lors du transport).

Afrique exploitée, Europe dépendante ?

TREC répond sur son site aux 2 objections qui viennent à l'esprit : N'est-ce pas une nouvelle forme d'exploitation de l'Afrique par l'Europe ? L'Europe ne devient-elle pas ainsi dépendante en énergie vis-à-vis des pays d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient ? Réponse : Desertec contribuera au développement en Afrique et au Moyen-Orient, fournira des ressources par l'exportation et diminuera l'impact du réchauffement climatique sur ces régions. Par ailleurs, les sources thermiques solaires seront nombreuses et dispersées dans plusieurs pays. Enfin, le solaire étant une énergie renouvelable et non stockable, peu soumise à spéculation, les pays d'implantation des centrales auront peu intérêt à couper l'approvisionnement.

Un nouvel essor avec l'Union pour la Méditerranée

Desertec était jusque-là un projet théorique, reposant sur des études menées par le Centre aéronautique et spatial allemand, et approuvé par Greenpeace. Il pourrait passer au stade de la réalisation avec l'appui de la toute nouvelle Union pour la Méditerranée (UPM), officiellement lancée en juillet dernier, sous l'impulsion de Nicolas Sarkozy et Angela Merckel. Les projets de l'Union devraient porter en particulier sur l'approvisionnement énergétique, d'où la conversion du projet Desertec en Plan solaire méditerranéen. Restera à dégager les financements de ce vaste projet. A noter que les lignes à haute tension courant sur des milliers de kilomètres ne sont peut-être pas le summum du développement durable...


Article repris sur :

dimanche 7 septembre 2008

Californie : l'industrie chimique en ligne de mire

1,8 milliard d'euros : c'est le coût des 200 000 maladies liées à l'industrie chimique en Californie. Telle est la conclusion d'un étude conjointe des universités de Berkeley et de Los Angeles (UCLA). Les chercheurs américains publient les résultats de leurs recherches dans un "Programme sur l'industrie chimique verte". Celui-ci propose également des solutions basées sur la connaissance des produits toxiques et la recherche de solutions non nocives.

En 2004, 200 000 travailleurs californiens souffraient de maladies chroniques à issue mortelle, comme que le cancer ou l'emphysème, dues à l'exposition aux substances chimiques sur leur lieu de travail. 4 400 morts ont été liées aux mêmes causes. D'où un coût direct et indirect de 980 millions d'euros. S'y ajoutent 840 millions dûs aux 240 000 cas de maladie infantile résultant de cette pollution.

Alertez les bébés

Bilan encore plus inquiétant si l'on considère que 61 des principaux sites de stockage de déchets toxiques califoniens rejettent directement des substance nocives dans les nappes phréatiques. 94% d'entre eux "représentent une menace majeure pour la santé humaine et pour l'environnement". Les chercheurs estiment par ailleurs qu'un million de femmes californiennes en âge de procréer ont des niveaux de mercure dans le sang supérieurs au taux considérés sans danger pour le foetus par l'Agence américaine de l'environnement. Ils citent des études de biomonitoring menées en Suède qui ont détecté les traces de plus de 100 produits chimiques synthétiques dans le lait maternel, le cordon ombilical et autres fluides et tissus.

Sur la voie de REACH

Le Livre vert élaboré par les chercheurs californiens suggère une démarche similaire au programme européen REACH . Objectif : collecter des données fiables sur la toxicité des produits chimiques, afin que producteurs, régulateurs et consommateurs fassent des choix informés. Ils estiment la démarche européenne plus efficiente que celle de la Loi sur le contrôle des substances toxiques américaine (U.S toxic substances control act). Celle-ci porte sur un "puzzle" de 87 000 substances. Autres pistes du "Program in green chemistry & industrial chemistry" : le renforcement de l'action préventive de l'Agence de l'environnement et l'investissement dans le recherche sur des matières premières, produits chimiques et process de fabrication sans risques pour les humains.

Tout comme en Europe, il y a urgence à mener cette démarche. La production chimique double en effet tous les 25 ans. Elle est supposée augmenter de 330% d'ici 2050.
En Californie comme en Europe, il est urgent de connaître les effets du bain de molécules chimiques dans lequel nous baignons à l'intérieur comme à l'extérieur. Qui pourrait expliquer, par exemple, la montée régulière du nombre de personnes atteintes par un cancer.

photo : panneau apposé dans les parkings californiens


jeudi 4 septembre 2008

Afghanistan : l'échec de la reconstruction

Les intervenants occidentaux présents en Afghanistan ont échoué dans la reconstruction de ce pays. D'où la désaffection d'une population qui ne voit rien venir. D'où le retour en force des Talibans. Tel est le constat d'un rapport de l'Assemblée de l'Union de l'Europe occidentale sur "le rôle des forces européennes dans les missions de l'OTAN en Afghanistan", publié en mai 2007. Extraits.

Une opportunité a été ratée au début de l'intervention : "De 2002 à 2003, la situation s'est stabilisée autour de ce tryptique : Autorité intérimaire-FIAS-coalition. Les provinces de Kaboul, du nord et de l'ouest du pays étaient sécurisées et stabilisées, le sud était calme et seulement une partie du territoire à l'est demeurait irréductible. C'était là l'occasion de mettre en oeuvre les grandes promesses de reconstruction, d'assistance et d'aide humanitaire faites lors des conférences internationales qui ont suivi celle de Bonn. Or rien de véritablement significatif ne s'est passé aux yeux des population démunies, déstructurées par deux décennies de conflits et en attente des avantages promis par les nouveaux "conquérants" étrangers et les autorités afghanes..."

"Guerre contre le terrorisme" : une priorité non pertinente

"L'effort international, qui était et reste sincère, n'a pas été à la hauteur. L'image de l'Afghanistan d'aujourd'hui, dans ce que l'on désigne comme "Mainstream Media" en anglais, les grands médias nationaux et internationaux, c'est encore la violence, le pavot/opium, le sous-développement, un Islam conservateur. Cette situation est aussi la conséquence d'une approche axée sur la guerre contre le terrorisme aux objectifs flous, et qui fait passer au second plan la reconstruction. Sur les plus de dix milliards promis récemment par les Etats-Unis pour l'Afghanistan, plus des trois quarts sont destinés à des dépenses de sécurité...".


Des ONG à l'action limitée

"Les grandes organisations non gouvernementales se sont regroupées à Kaboul et leur présence et leur impact sur le reste du territoire national sont très limités. Leurs personnels locaux sont une cible de choix pour les talibans et les autres groupes opposés au pouvoir central, qui ont assassiné certains otages et en ont enlevé d'autres pour les échanger contre une rançon ou des prisonniers. Les cadres techniques américains, européens et d'autres pays, tels que l'Inde et la Chine, présents en Afghanistan sont aussi contraints à vivre en huis clos, dans des quartiers réservés, avec des gardes privés. L'industrie des entreprises privées de sécurité fonctionne bien, mais elle n'est pas la réponse au sous-développement économique ni aux attentes sociales d'une population paupérisée..."


Culture du pavot : une activité prospère

"La culture du pavot a augmenté de 59% cette année (2006) pour atteindre l'emblavement record de 165 000 hectares. Près de 2,9 millions d'Afghans sont impliqués dans la culture du pavot, soit 12,6% de la population totale, et les paysans, dans leur majorité, gagnent tout juste de quoi subsister. De nombreux paysans ignorent même que cette culture, qui est leur principale source de revenu, est illégale. La récolte moyenne d'opium rapporte jusqu'à dix fois plus à l'hectare que celle des céréales. En dépit de ce ratio monétaire, le plus fgos des trois milliards de dollars de recettes tombe dans l'escarcelle des seigneurs de la guerre qui contrôlent toujours cette industrie. Les talibans financent leur guerre contre les troupes de l'OTAN en achetant l'opium brut aux paysans et en le revendant avec un bénéfice. Cependant, ce n'est pas un problème que les militaires occidentaux doivent ou peuvent résoudre par leurs propres moyens".
Dont acte.

Une non-solution militaire

Réduire la situation afghane à une guerre contre le terrorisme est une simplification abusive. L'envoi de quelques centaines ou milliers de soldats occidentaux supplémentaires ne résoudra pas le problème. Qu'ils soient ou non bien entraînés et disposent ou non de moyens de reconnaissance aériens. Les projets de développement n'ayant pas abouti, cela n'apportera que peu d'espoir à une population qui ne voit rien venir, si ce n'est des bombardements plus ou moins "ciblés".
De même, le concept de "nation building" (construction d'un nation) importé de l'extérieur a échoué.


mardi 8 juillet 2008

Allobus : la voie de l'emploi vers Roissy

Depuis avril 1999, le service Allobus relie les communes du Val d'Oise à la plateforme d'activité de Roissy. Le 27 juin, le Conseil Général du Val-de-Marne a décidé de se joindre au dispositif pour permettre aux travailleurs à faible revenu d'accéder aux emplois de la plateforme. Une forme souple et ciblée de transports en publics qui est appelée à se développer.

Dans sa séance du 27 juin dernier, le CG Val-de-Marne a rejoint le dispositif Allobus, qui associe lignes régulières et services de transport à la demande 7 jours sur7, 24 heures sur 24, vers la plate-forme aéroportuaire de Roissy. Ce département rejoint ainsi le Val d'Oise.

Créé en 1999, Allobus est géré par une société privée, Les Courriers d'Ile-de-France, par convention avec le STIF (syndicat des transports d'Ile-de-France), ADP (Aéroports de Paris) et le Val d'Oise. Il met en oeuvre 18 véhicules dont 6 bus et 12 minicars. Allobus a rencontré immédiatement le succès, avec 200 000 voyages dès la première année.

Les usagers disposent d'un numéro vert, le 0 810 24 24 77. Ils indiquent l'heure à laquelle ils doivent aller à Roissy ou en partir. Allobus leur indique l'heure à laquelle le véhicule passera et l'arrêt le plus proche du domicile du demandeur. La demande peut être récurrente : passer prendre le voyageur chaque semaine tel jour à telle heure.

Un service économiquement et socialement structurant

Le transport à la demande constitue un axe fort de développement des transports publics, au même titre que les grands axes structurants. Il permet d'assurer une service en phase avec les attentes de publics isolés, qui ne sont pas en mesure de supporter les coûts croissants de l'énergie et de la voiture.

Destiné à l'origine aux zones rurales, aux personnes âgées, le transport sur mesure affirme peu à peu son rôle économique et social structurant. C'est en particulier un instrument efficace pour combattre l'apartheid social. Avec un léger retard à l'allumage, l'Etat et les collectivités locales se penchent sur le cas de la Seine Saint-Denis, avec ses "cités" proches de la zone d'activité de Roissy, mais éloignées, très éloignées, en termes de trajet de transport.

De nos jours, la mobilité est facteur d'accès à l'emploi. Il est donc juste et profitable que les collectivités l'inscrivent parmi leurs objectifs de service à la personne et d'aménagement du territoire.


lundi 7 juillet 2008

Plages françaises : le fond de l'eau est trouble

Applicable au plus tard en 2015, la directive européenne 2006/71/CE durçit les critères de qualité des eaux de baignade en mer. La Fondation Surfrider Europe attire l'attention sur les risques de fermeture de sites côtiers au public, en publiant une simulation établie sur les bases de cette directive. D'après leur étude, 251 plages françaises pourraient être déclassées, et certaines interdites.

Désireuse de mobiliser grand public et pouvoirs publics sur les enjeux de la protection de la mer et du littoral, la Fondation Surfrider a établi une simulation de classement des plages françaises suivant les critères bactériologiques plus restrictifs de la directive européenne 2006/71/CE. Elle s'est basée sur les résultats des prélèvements effectués par 26 DRASS (directions régionales des affaires sanitaires) en métropole et dans les DOM, lors des saisons estivales 2004 à 2007.

251 plages, soit 15,5% des plages françaises, ne respecteraient pas la valeur impérative établie par la nouvelle directive. Et 22% d'entre elles seraient victimes d'un déclassement.

Le nombre de plages classées "excellente qualité" diminuerait légèrement, de 1122 à 1079. Les plage de bonne qualité diminueraient d'un tiers, de 420 à 287. La cote "eaux de qualité suffisante" serait par contre attribuée à 120 plages, contre 71 aujourd'hui.

Projection la plus grave de la simulation effectuée par Surfrider : le nombre de plages de qualité insuffisante progresserait de 4 à 131. Ce qui entraînerait une interdiction à la baignade, mesure que rejette par avance la fondation.

En 2007, en effet, les Etats membres de l'Union européenne ont mis 88 plages en interdiction. Surfrider considère logiquement cela comme un refus pur et simple de prendre les mesures permettant de revenir à une situation acceptable. Et une atteinte au droit des citoyens, baigneurs, surfers de jouir du littoral européen et de ses bienfaits.


Les conséquences économiques d'un tel classement seraient évidemment importantes, voire désastreuses. Il reste donc 7 ans aux autorités nationales et locales pour faire rentrer un maximum de plages françaises dans le peloton de tête des sites de baignade européens


Fondée en 1990 par des surfeurs soucieux de l'environnement marin, la Surfrider Foundation Europe lutte contre la pollution des plages, pour la préservation des côtes et la réhabilitation d'un littoral de qualité.

photo : Sara Heinrichs


dimanche 6 juillet 2008

Toujours plus de pétrole, SVP !

C'est bien connu, la flambée des prix du pétrole va provoquer une prise de conscience radicale chez les consommateurs occidentaux. Ceux-ci auront désormais pour objectif de minimiser leur consommation de carburant ou de fuel énergétique et de développer un mode de vie durable, respectueux de l'environnement. Pas si certain, si l'on considère un récent sondage qui révèle que de plus en plus de citoyens américains privilégient la recherche de nouveaux gisements plutôt que la préservation des ressources naturelles.

Un sondage du Pew Research Center publié en février montre que 50% des Américains considèrent que développer l'exploration de nouvelles sources d'énergie est plus important que de les préserver. (contre 42% auparavant). La progression est particulièrement marquée chez les 18-29, où le pourcentage est passé de 26 à 51%. De plus, 50% apportent leur soutien à des forages de prospection dans la Réserve naturelle nationale d'Alaska, contre 42% auparavant.

Sur ces sujets, les écarts traditionnels entre hommes et femmes ou entre Républicains et Démocrates ne sont plus significatifs. Prix du gallon d'essence oblige.

Autre bémol, issu de l'Energy Information Administration : la proportion de consommateurs d'électricité prêts à payer un supplément pour se fournir en énergie "verte" est en diminution.

En 2006, le nombre de programmes "verts" accessibles aux particuliers a en effet augmenté de 442 à 484. Dans le même temps, le nombre de consommateurs motivés a décru de 32%, passant de 942 772 à 645 167.


Comme quoi, en matière de consommation énergétique, la vertu ne va pas de soi. De fortes incitations économiques et fiscales peuvent seules emporter massivement l'adhésion.


photo : Treehugger.com


vendredi 4 juillet 2008

L'Ange de Grozny : chronique infernale de la Tchétchénie

Dans "L'Ange de Grozny", la journaliste norvégienne Asne Seierstad apporte un éclairage rare sur la vie en Tchétchénie lors des deux conflits avec les Russes et sous la "normalisation" de Ramzan Kadyrov. Parfaitement russophone, la jeune femme vit chez l'habitant à Moscou comme à Grozny, et parcourt, déguisée en femme caucasienne, les territoires d'habitude inaccessibles aux Occidentaux. D'où un témoignage d'une rare pertinence, d'une rare intensité, construit autour de la personne d'Hazizat, femme courageuse qui reçoit chez elle les orphelins de la guerre.

"Sur le roc le Terek traîne un flot trouble et noir, Sur la rive le Tchétchène... étreint son poignard". Ce poème de Lermontov, écrit en 1830, Asne Seierstad l'entend chez ses amis moscovites en janvier 1995. Rien n'a changé. La première guerre de Tchétchénie vient d'être déclenchée par Eltsine, enfin, son Etat-major, dans des conditions désastreuses. Sur une impulsion, Seierstad se rend à Grozny dans un avion militaire russe. Traînant casque et gilet pare-balle, la jeune journaliste se fait héberger par des femmes rencontrées là-bas. Ainsi se dessine son approche particulière de la Tchétchénie.

Le titre français, "L'Ange de Grozny", désigne Hasizat, qui a fait de sa maison un orphelinat "privé" pour les enfants harassés par les guerres, les ruines, les enlèvements et exactions continuels. Elle pourrait être soulagée de cette tâche, maintenant que "la paix" est revenue, mais une des premières mesures de Ramzan Kadyrov, le jeune "Président" protégé de Poutine a en effet été de fermer les orphelinats publics. Sous l'Islam, aucun enfant, en effet, ne saurait être abandonné de ses parents, de sa famille. On imagine les résultats.

Hasizat, Malika, la cuisinière, les enfants Adam, constituent les personnages récurrents du récit, avec un éclairage particulier sur Liana, fillette violée par un proche, et Timour, son frère. Y apparaissent les courageux responsables de l'association "Mémorial" qui vient en aide aux multiples victimes du régime pro-russe. Tel Salman, torturé des heures durant pour avoir enseigné aux enfants comment se garder des mines omniprésentes (c'est donc qu'il leur apprenait à en poser!).

Au terme d'une interminable attente, Seierstad peut enfin rencontrer Kadyrov au "Château de la jeunesse" à Grozny. Interview surréaliste dans laquelle cet homme fondamentalement violent affirme que "la Tchétchénie est maintenant l'endroit le plus paisible du monde". Il est moins virulent lorsque la journaliste lui demande comment il se fait que son père, tout aussi dictateur mais moins souple avec Poutine, ait pu être assassiné à Moscou, alors que lui, son fils était son garde du corps. Fin de l'interview.

Plus clandestinement, Seierstad parvient à rencontrer une famille bannie de la société, dans un village reculé. Le fils s'était engagé dans la résistance lors de la première guerre, il a été tué dans la seconde. Sa sœur, Mariam, est morte dans l'assaut d'un théâtre de Moscou, où des activistes tchétchènes sous la direction de Movsar Baraev prennent le public en otage en 2002. Les deux autres frères, sa sœur, Azet, ont "disparu". La mère elle-même a été emmenée dans un camp où les hommes de Kadyrov, et non plus les Russes torturent les innombrables "suspects". C'est encore cela la Tchétchénie.

Aut
re intérêt de ce livre riche : l'évocation du point de vue russe, à travers les logeurs d'Anne Seierstad à Moscou, ses compagnons de train ou les familles de trois jeune gens condamnés pour avoir agressé un homme qui semblait être "caucasien". D'où un aperçu guère plus rassurant des prisons russes ordinaires.

Seule une femme pouvait ainsi parcourir le territoire et la société tchétchènes. D'où la valeur de ce livre, qui ouvre bien peu de perspectives à un peuple désigné à l'Est comme à l'Ouest comme "terroriste".


"L'Ange de Grozny" - Asne Seierstad - JC Lattès

D'un clic : "The brutal biography of Chechnya's Ramzan Kadyrov", témoignage de Megan Stack, journaliste au LA Times


D'Ingrid Betancourt à Loft Story

La libération d'Ingrid Betancourt par un commando de l'armée colombienne est une bonne nouvelle. C'est également l'apogée d'une long psychodrame français associant société du spectacle, dictature de l'émotion, politiquement correct, voire récupération. Une célébration du vide qui n'est pas sans rappeler le défunt "Loft Story".

Ingrid Betancourt est libre. Elle "revient" en France, façon de parler, puisque sa vie personnelle et politique se déroulait résolument en Colombie. Dans sa première déclaration, Mme Betancourt a salué la tactique appliquée par l'armée colombienne, et remercié le Président Uribe. Il est vrai qu'elle est encore sous le choc de sa longue détention.

La France unie dans l'émotion ne va pas gâcher son plaisir pour si peu. C'est bien notre répétition médiatique, nos manifestations de soutien, l'action résolue de notre Président qui ont abouti à ce résultat. Tout comme nos critiques permanentes contre le gouvernement colombien (et non les ravisseurs, les Farc).

Dans la société du spectacle, nous nous donnons bonne conscience par les mots, les prises de position consensuelles sans risque, et la conviction d'être les bons, ceux qui disent le bien, le mal. Une fois une cause adoptée par les médias, elle tourne en boucle jusqu'à ce que s'interroger sur elle, ses motifs profonds devienne sacrilège.

Aujourd'hui, la France s'auto-célèbre. Célèbre sa non-intervention dans la libération d'Ingrid Betancourt, avion affrété par la République et réception à l'Elysée incluse. Ce n'est pas sans rappeler la montée des marches factice à Cannes par les non-personnages de Loft Story. La montée sans les années d'effort, sans oeuvre accomplie.

Etonnant que l'un ou l'autre preneur d'otages "politique" n'ait pas encore eu l'idée de braquer une webcam 24 heures sur 24 sur ses victimes. Problème de traçabilité, je présume. Pour l'instant, ils se contentent de filmer leurs messages de détresse, voire leur exécution.

Le société du spectacle s'en trouve frustrée.